L’Etat, la démocratie et les leaders religieux au Mali

Cette réflexion est consacrée auMali, aux différents regards portés à ce jeune état, en particulier sur les questions de démocratisation et le rôle des leaders religieux. Son objet est d’aider à la compréhension du rôle et les limites des hommes de Dieu dans les stratégies d’accompagnement et de conservation du pouvoir politique. Quelle est la place des groupements religieux dans le processus démocratique au Mali? 

Dans quelle mesure pouvons-nous parler d’une instrumentalisation des leaders religieux pour des fins politiques ? Doivent-ils faire de la politique ? L’ingérence des religieux est-elle un obstacle dans l’évolution de la démocratie ? Comment peut-on lutter contre ce phénomène social ?Les mouvements politico-religieux sont-ils compatible avec le statut de la laïcité du Mali. Qu’est-ce qui explique la montée en puissance des religieux ?Les politiques ont-ils échoué ? La population ne fait-elle plus confiance aux politiques ?
La démocratie est une forme d’organisation politique, dans laquelle le pouvoir est détenu par le peuple. Un régime démocratique est un gouvernement du peuple et pour le peuple .. La démocratie est assurée lorsque la liberté d’opinion est garantie: c’est-à-dire que tout citoyen a le droit d’exprimer et de propager des opinions ou des idées sans aucune censure ou interdiction.
Au lendemain du coup d’Etat de 1992, les dirigeants de l’époque se méfiaient des notabilités religieuses mais le régime du général ATT et les hommes politiques ont accéléré leur retour sur la scène politique, les rendant parfois incontournables dans la stratégie de conquête et de conservation du pouvoir politique. A la veille des élections présidentielles de 2013, les mosquées sont devenues des sites de campagne politique .Du coup, nous avons commencé à voir et à entendre le concept de « l’Islam Politique », ce qui était le grand inconnu la communauté musulmane du Mali. Au Mali, les religieux ont toujours été des conseillers et des défenseurs des droits humains mais pas des hommes politiques. Il faut noter que le jeu politique au Mali est beaucoup plus complexe que cela. Les alliances et autres rassemblements recoupent très souvent la sociologie, la politique, l’ethnicisme, le régionalisme et les calculs d’intérêts.
Durant les périodes électorales, les leaders religieux sont sollicités pour leurs capacités de mobilisation à travers le clientélisme à hauteur de l’enjeu politique. De nos jours, les acteurs politiques se sont convertis aux vertus de la démocratie en mobilisant tous les moyens pour s’accaparer du pouvoir. Cependant les mutations observées au cours de ces années de libéralisme politique au Mali n’ont pas vraiment réussi à modifier les comportements et les mentalités.
Jusqu’ici, les pesanteurs sociales et les mentalités rétrogrades ralentissent considérablement les progrès. Les tares liées aux rôles des religieux présent de tout leur poids sur notre décollage démocratique, économique et social. Quand nous analysons leur positionnement sur le plan politique, avec la création des mouvements politico-religieux tels que le Mouvement Sabati 2012 et le mouvement Badenia Ton de 2018,nous pouvons dire qu’ils participent même à l’instabilité du pays à travers des discours souvent contradictoires par rapport à leur statut.
On constate depuis des années 2002, une nouvelle stratégie de conservation et de confiscation du pouvoir politique par l’Etat en s’appuyant sur les leaders et les regroupements religieux pour véhiculer certains messages ou faire accepter certaines décisions ou lois .Les partis politiques ne visent pas à regrouper un nombre d’adhérents aussi élevé que possible, mais à réunir des notables, des chefs religieux. Ces leaders religieux sont recherchés soit pour leur prestige qui leur confère de l’influence sur les disciples, les adeptes et les électeurs, soit pour leur fortune, qui contribue à couvrir les frais des campagnes.
Au Mali, les hommes de Dieu ont toujours été des personnalités qu’on craignait mais de nos jours ils sont insultés sur les réseaux sociaux. Ils faisaient parti du nombre des médiateurs sociaux mais pas des hommes politiques. Cela peut être expliqué par le manque de confiance entre les politiques et la population.

Mohamed AbdellahiElkhalil

Consultant Chercheur

Spécialiste des questions d’insécurité

Sociale et sécuritaire du Sahel

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